Le Petit Rustre

Mercredi 14 octobre 1998
Volume 1 # 12-
  Gratuit

Pauline Julien et Gérald Godin
Au revoir Pauline

Ça faisait longtemps que je n'avais pas entendu parler de Pauline Julien. Je ne jouais plus sa musique car chez moi je n'ai d'elle que des disques en vinyle et dans mon univers numérique j'attends toujours de remplacer l'aiguille trop usée de ma table tournante. Combien de temps aurait-il fallu attendre avant que son nom soit mentionné à la radio ou à la télé si la "croqueuse de 222" n'avait pas décidé un soir d'octobre 1998 de ne plus se réveiller.

C'est pas ses chansons que j'ai appris les femmes... Déjà adolescent j'étais profondément ému par son interprétation d' "Une sorcière comme les autres", d'Anne Sylvestre. Ardente nationaliste québécoise, elle elle avait la passion contagieuse et faisait partie de ces artistes que l'on ne peut imaginer autrement qu'immortels. 

Je ne savais même pas que Pauline Julien était malade, que son corps était miné par ce mal au nom étrange (l'aphasie dégénérative) dont je n'avais jamais entendu parler. Étrange coïncidence tout de même que son compagnon de vie, Gérald Godin, ait eu à subir une autre maladie (une tumeur cérébrale) qui lui a rendu la parole difficile. Une chanteuse et un poète! Deux personnes qui ont vécu pour et par les mots. Il y a de ces ironies dans la vie qui m'échappent.

Quand j'ai parlé de son décès à une amie qui n'a que 20 ans, j'ai compris que le temps avait déjà fait son oeuvre d'oubli. Elle ne connaissait pas Pauline!

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Max


Avis de recherche
Auriez-vous vu ces oeuvres ?
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J'ai reçu un courriell la semaine dernière me faisant par de la disparition de deux oeuvres du peintre Ramon Oviedo originaire de la République dominicaine. Les oeuvres étaient en transit vers la Guadeloupe pour une exposition. Selon le courriel, Monsieur Oviedo est considéré comme un peintre important de l'Amérique latine. La valeur des toiles est d'environ 40 000$ chacune.Si vous voyez une des oeuvres ci-dessous, veuillez écrire rapidement à Antonio Ocana (c.ocana@codetel.net.do).

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Max...

MaxJ'ai toujours un pincement au coeur quand je regarde cette photo. Ce minet, c'est Max. J'ai habité chez lui pendant quelques semaines en 1979. Je venais d'emménager dans son sous-sol dans un quartier de Vancouver sans me douter qu'il était le résident principal de cet appartement. Max est entré dans ma vie par la porte que j'avais laissée ouverte alors que je rentrais mes quelques possessions (je voyageais depuis deux mois dans une camionette Volks et tout ce que je possédais y logeait confortablement).

Ses gestes reflétaient un mélange d'incertitude et de conviction. Selon toute évidence, il connaissait les lieux, mais ne semblait pas trop savoir comment réagir face à cet intrus qui s'emparait de son espace. Le propriétaire de la maison m'a expliqué que les autres occupants de l'appartement avaient hébergé Max pendant l'année précédente. Ils étaient maintenant partis et Max avait passé les deux dernières semaines couché sur un vieux tapis près de la porte de l'appartement inoccupé en attendant que quelqu'un l'ouvre de nouveau.

Max m'a aidé dans ces semaines difficiles où je découvrais l'Ouest canadien et ses excès. Mais un jour je suis parti. Max s'est recouché sur le tapis et me regardait remettre mes choses dans le Volks. C'est alors que j'ai pris cette photo. J'ai pensé l'amener avec moi, mais je ne pouvais pas arracher Max à sa ruelle, ses poubelles, toutes ces odeurs qui lui étaient familières et qu'il connaissait par coeur. Pendant que je roulais vers Seattle, je regardais Vancouver disparaître dans le rétroviseur et je ne faisais que penser à Max. Est-ce que les nouveaux occupants de l'appartement allaient lui ouvrir la porte ?


Citation du jour
Je ne sais pas si c'est une bonne chose que nos amis ne manquent strictement de rien. En quel domaine en effet notre intérêt l'un pour l'autre aurait-il pu s'épanouir, si jamais Scipion n'avait éprouvé le besoin d'un conseil, ni d'aucun service de ma part? Ce n'est donc pas l'amitié qui a découlé de l'utilité, mais l'utilité qui a découlé de l'amitié.
Cicéron, dans L'amitié

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