Le petit Rustre

Mercredi 25 novembre 1998
Volume 1 # 15-
  Gratuit

Prêts à voter?

Le rituel démocratique se répète une autre fois au Québec. Lundi prochain il faudra choisir... Choisir? Je me demande vraiment s'il y a un choix. Les sondages indiquent que la population semble croire que oui, mais comme bien des pays bien nantis et confortables, c'est le cynisme qui semble remporter la victoire.

La télévision, cette faiseuse d'image consommables, nous présentent les différents produits de telle façon que j'ai l'impression, en regardant les prestations des différents candidats, d'assister à un combat publicitaire entre deux compagnies de téléphones cellulaires. Tous les clans nous affirment qu'ils vont livrer la meilleure marchandise au meilleur prix, mais en bons consommateurs, on ne peut s'empêcher de ressentir dans nos tripes qu'on va se faire arnaquer en bout ligne et que quel que soit notre choix, le produit est sensiblement le même.

Malgré tout, mon choix est clair et limpide, même si j'ai hésité une fraction de seconde. Le plus amusant dans tout ceci c'est que les deux candidats qui ont des chances de devenir Premier minsitre du Québec ont déjà oeuvré au sein du Parti conservateur fédéral. Il y a cependant une nuance et elle est de taille.

Le transfuge de Monsieur Charest ne peut être pris au sérieux. Comment peut-on respecter quelqu'un qui fait la pute à ce point en se laissant convaincre par les sbires libéraux qui sont allé le courtiser, voyant en lui un gagneur d'élection. Il dirige maintenant l'aîle provinciale de ce parti contre lequel il s'acharnait sur la scène fédérale. Sa vision sociale et économique n'ont donc aucun fondement?

Bien sûr, monsieur Bouchard était également dans les rangs du Parti conservateur fédéral, mais c'est de lui-même qu'il l'a quitté pour fonder le Bloc québécois. Après de vaines tentatives pour faire comprendre le Québec à nos chers amis des provinces anglophones il n'a pu que constater la profondeur de leur incompréhension bornée. Ayant vécu plus de dix ans dans l'Ouest canadien, je ne peux que partager son constat d'impuissance à changer la fédération canadienne. Monsieur Charest peut se gargariser tant qu'il voudra qu'il va aller à Ottawa réussir là où tant d'autres ont échoué, je ne vois en lui qu'un opportuniste du plus bas niveau.

Quant à Mario Dumont, même si je le trouvais intéressant au début, j'ai vite été saisi par la droitesse de ses politiques. En effet, plus à droite que ça, tu meurs.

En bout de ligne, ma plus grande déception c'est de n'avoir trouvé aucun candidat qui parle de politique de développement culturel. Après tout, si le Québec se réclame d'être distinct du reste du Canada, ça ne serait-il pas surtout par la force de sa culture? Qu'est-ce qu'on attend alors pour que les débats entourant la qualité de vie de nos artistes et créateurs prennent autant de place sur la place publique que les soins de santé?

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Souvenir de voyage

Un p'tit mot?


Une visite au cimetière
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J'ai toujours aimé me promener dans les cimetières. Je connaissais un type qui les fréquentaient régulièrement à la recherche de l'âme soeur. Un jour il m'a expliqué pourquoi : « Tu sais, je connais de nombreuses femmes qui ont finalement décidé de se marier ou de prendre un partenaire très tôt après le décès de leur père. Pour être le premier en liste, je visite les cimetières en quête d`une belle orpheline à cueillir.»

Ces visites sont tellement plus amusantes en Europe. Ils ont le sens du décorum pour enrober la mort là bas. Je garde un souvenir indélébile de ma visite au cimetière du Père Lachaise à Paris. J'y étais allé avec Béatrice, une Française, et Dave, un ami de la Saskatchewan. Dave voulait voir la tombe de Jim Morrison et moi celle de Chopin. À une croisée des sentiers, on s'est retrouvé face à une poubelle sur laquelle quelqu'un avait écrit au crayon feutre "Chopin" au dessus d'une flèche pointant vers la gauche alors que celle sous "Jim Morrisson" indiquait le sentier de droite. On s'est sourit, étonnés de ce merveilleux clin d'oeil du hazard, et sans dire un mot, on s'est dirigé vers nos tombes respectives.

Nos cimetières québécois sont tellement mornes avec des pierres tombales sans pensées, comme des graffitis d'illettré qui n'arrive qu'à écrire « Josaphat was here from then to now.» Le seul énoncé dans nos cimetières c`est « j`étais riche» ou «j'étais pauvre ». Et encore, les familles se saignent souvent pour acheter une pierre de marbre opulente pour un dernier mensonge. L'autre jour au cimetière du boulevard Fournier, à Hull, j'ai vu un petite bouquet de fleur séchée dont seules subsistaient les couleurs du papier qui l'enveloppait. Il était sur le sol devant deux minuscules pierres tombales envahies par la mousse et effacées par l'érosion. Seuls ces quelques mots étaient encore lisibles : Alice, 4 ans et Pépita, 8 ans. Je n'ai pu m'empêcher d'imaginer qui était la personne qui venait encore rendre hommage à ces enfants qui ont cessé trop vite de vieillir. Était-ce une vieille dame qui venait courbée par ce chagrin intuable d'avoir perdu ses enfants? Ou un homme qui ne s'est jamais pardonné d'avoir conduit sa voiture trop vite ce fatidique après-midi d'il y a plus de 50 ans.

Peut-être que ce n'est que le vent qui a fait rouler un bouquet pour le faire aterrir devant deux petites tombes depuis longtemps oubliées.


Souvenirs de voyage  ...

Le couturier de ConakryLe couturier

Dans son minuscule atelier de Conakry (Guinée), en face du poste de police, il m'a cousu et brodé un magnifique boubou avec le tissu que j'avais acheté au marché de Madena.

Je ne l'ai pas encore porté malgré le fait que ce soit une oeuvre d'art. Je ne sais pas ce que j'attends. Il m'avait accueilli avec une étrange poignée de main. Plutôt que de prendre ma main dans la sienne, il m'avait saisi le poignet. Je croyais à une coutume locale. Je me suis assis sur le comptoir et on a discuté un peu de tout et de rien.

Je devais reprendre l'avion trois jours plus tard. Il m'a dit que mon boubou serait prêt dans trois jours. On a négocié sur le temps un peu comme on négocie sur le prix au marché. Quand il m'a dit "d'accord, jeudi à 4 heures", en souriant j'ai répondu "3h45". Il a rit et j'ai eu droit à une poignée de main chaleureuse telle qu'on les connaît.

Je suis fasciné du travail qu'il a accompli avec sa vieille machine à coudre. J'ose à peine imaginer ce qu'il pourrait faire avec un de nos appareils modernes.


Citation du jour

Ce qui rend les amitiés indissolubles et double leur charme, est un sentiment qui manque à l'amour, la certitude.
Balzac dans Illusions perdues

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