| Attention, en joue, filmez... Par Jean-Pierre Picard |
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| Eau Vive (Régina, Saskatchewan) - 6
septembre 1990 Si au cours du dernier mois, vous navez pas encore entendu parler dOka et du pont Mercier, vous étiez soit dans un coma profond ou en plein safari dans pays lointain. En effet, les médias ont consacré plus de temps dantenne et de pages de journaux à la situation du golf dOka quà celle du Golfe Persique. Il faut dire que cette crise a mis sous le feu des projecteurs un malaise profond de la société canadienne. On dit notre pays parmis les plus confortables de la planète alors que ses premiers occupants vivent souvent dans des conditions déplorables. On reproche souvent à ces derniers de ne pas sadapter aux réalités sociales de notre civilisation et de mal profiter des avantages qui leur sont offerts. Mais quiconque jette un regard objectif sur lhistoire de la colonisation de lAmérique ne peut que constater que les autochtones ont subi des pressions considérables pour abandonner leurs croyances, leurs valeurs, leur langue et leurs coutumes. On na quà penser à tous ces enfants qui furent arrachés à leur village afin déviter quils ne grandissent dans linfluence païenne de leurs parents. Comment peut-on leur demander de jouer selon les règles dune société qui méprise tant ce quils sont? La crise dOka est venue nous rappeler durement que nous ne pouvons continuer à glisser indéfiniment le problème sous le tapis. Le problème nous agace peut-être, mais il est là. Il y a un aspect de cette crise qui ma encore plus agacé que tout autre élément : lattitude des médias. Je suis daccord quon a une situation explosive sur les mains, mais pour lamour du ciel, la salle de nouvelles de Radio-Canada Montréal va-t-elle cesser dinterrompre les émissions sur le réseau national à toutes les quinze minutes pour répéter quil ne sest rien passé au cours de la dernière heure? La présence des journalistes est essentielle car elle peut aider à prévenir des gestes malheureux dun côté comme de lautre. Malheureusement, les caméras ont transformé toutes cette aventure en une sorte démission de Rambo en direct. La télévision a dépensé plus de temps dantenne à nous montrer un Warrior engueulant un soldat à bout portant quà laisser les dirigeants autochtones expliquer leurs positions. À plusieurs reprises on a pu entendre Bernard Derome interrompre les explications dun journaliste afin quon puisse observer chaque mouvement des tanks et de soldats. En Saskatchewan on a même déplacé, à la dernière minute, lheure de diffusion sur dune émission spéciale sur le Collège Mathieu pour faire place à ces nombreux reportages qui se penchaient sur le statu quo de la situation. Non vraiment, une approche journalistique telle que celle pratiquée par Radio-Canada Montréal ne peut que nuire au débat, noyant le fond du problème dans un déluge dimages à sensations et transformant les protagonistes en vedettes du petit écran. À partir dun problème social on a créé un cirque médiatique. |
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