Par Jean-Pierre Picard |
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| Eau Vive (Régina, Saskatchewan) - 14 décembre
1990 Il ny aura pas de deuil national pour Blanche Dufour. Elle est morte la semaine dernière abattue par un coup de feu à la poitrine dans son domicile. Le meurtrier? Son conjoint! Il ny aura pas de deuil national pour Suzanne Langelais, jetée en bas du toit dun édifice après avoir été battue par son ami. Il ny aura pasa de deuil national pour les 200 Canadiennes tuées dans leur domicile en 1988, ni pour les femmes violées et tuées dans une ruelle ou dans un parc. Il ny aura pas de deuil national pour les femmes tuées dans lâme par la violence conjugale, par le harcèlement et le mépris. Des milliers de personnes ont rempli la basilique Notre Dame de Montréal pour assister au service funéraire de 9 des 14 victimes abattues par Marc Lépine à lécole Polytechnique de lUniversité de Montréal. Pourtant, on pourrait remplir léglise uniquement avec les cercueils des femmes assassinées au Canada en un année. La tragédie de Montréal a soulevé beaucoup démotions et de dégoût. On se refuse daccepter un geste aussi gratuit dun homme et on sévertue à tourner cette question dans tous les sens, passant des tentatives dexplications aux accusations collectives. Pourtant, ça fait des années que nous vivons entourés de cette violence. Marc Lépine a utilisé une arme à feu pour loger une balle dans la tête de 14 jeunes filles calmement assises dans une classe. Mais des milliers de Canadiennes subissent la violence verbale de leurs collègues ou de leur conjoint qui parfois utilise les poings. De toute cette violence, on ne dit rien. Elle fait partie du quotidien, on laccepte comme un fait de la vie et si on a la chance de ne pas la voir de trop près, on peut toujours faire comme si elle nexistait pas. Lorsque des ambulances envahissent le campus dune université pour recueillir les corps de jeunes étudiantes assassinées, les nouvelles du soir nous réveillent brutalement et on crie à lhorreur. Les victimes de Montréal ont eu droit à un deuil national ainsi quà lattention des médias pendant plusieurs jours. Mais Mme Dufour ainsi que toutes ses consoeurs nont droit quà un entrefilet dans les journaux Sans doute parce quelle sont trop nombreuses. |
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