Apprenez à grandir
M. Landry
Le sommet des Amériques étant
maintenant derrière, c'est le moment de reprendre nos esprits
et j'en profite, M. Landry, pour vous écrire ce petit mot.
Vous êtes soit bien habile, M. Landry, ou bien naïf. Peut-être
les deux à la fois ? Vous avez réussi, avec votre
guerre de protocole contre Ottawa, à escamoter la position
du gouvernement québécois sur la question de la Zone
de libre échange des Amériques, sous la couverture médiatique
des journalistes frileux qui se sont réchauffés auprès
de vos déclarations incendiaires. Ces charmants complices malgré
eux étaient si occupés à vous écouter
multiplier les dénonciations contre Ottawa qui vous empêchait
de prendre le crachoir qu'ils n'ont même pas songé à
sonder en profondeur vos positions sur la question de la ZLÉA.
Avec des dizaines de milliers de manifestants attendus sous vos fenêtres,
vous vous êtes contenté de laisser pendre vos rideaux
fleurdelisés jusqu'à la rue pour ramener un débat
touchant 800 millions de personnes à une bébête
guerre de drapeau.
Parlant de drapeau, M. Landry, bien que je sois un souverainiste
de longue date, je ne peux m'empêcher de remettre en question
mon allégeance à cette option depuis le triste épisode
du "chiffon rouge". Déjà que votre accession
à la tête du parti m'avait laissé perplexe sur
votre sens de la démocratie en bâillonnant tout rival
potentiel qui aurait pu forcer un débat d'idées et de
vision.
Permettez-moi de vous parler un peu de ce chiffon rouge qui flotte
à profusion à Ottawa. J'habitais en Saskatchewan lors
du décès de René Lévesque - et oui, dans
le royaume du premier ministre Roy Romanow, l'artisan de la "nuit
des longs couteaux". Je fus touché de voir que tous les
journaux de la province consacraient leur une à la disparition
de M. Lévesque. Je n'y ai pas retrouvé d'articles ou
d'éditoriaux du genre "bon débarras". On ne
pouvait lire qu'un profond respect pour cet adversaire qui avait lutté
noblement. Je fus particulièrement ému, en me promenant
dans les rues de Régina, de voir que les Saskatchewannais avaient
tous mis leur "chiffon rouge" en berne pour le simple citoyen
Lévesque. En effet, M. Lévesque n'était plus
premier ministre de puis quelque temps déjà et aucun
protocole ne dictait cet hommage.
Ce drapeau là n'est peut-être pas celui de mon cur,
même s'il est celui de mon passeport, mais depuis ce jour, j'ai
la décence de le respecter. M. Lévesque n'avait peut-être
pas votre instruction ni votre bagage culturel, M. Landry, mais au
moins il était entier et honnête. Il était de
ces hommes qui sont si grands que les drapeaux s'inclinent devant
eux. Apprenez donc un peu à grandir si vous voulez diriger
une véritable nation.
La larme de l'hidalgo
Samedi après midi au terme d'un
bref séjour en Espagne! Salle d'attente de la porte 35 de l'aéroport
de Malaga - Mon vol pour Londres accuse une heure de retard. Un harem
blanc s'avance ! Une trentaine de femmes, d'âges plus ou
moins mûrs, escortent une demi-douzaine d'hommes dont les vêtements
et les souliers sont également blancs. N'étant pas un
spécialiste des cultures étrangères, je les imagine
de croyance musulmane.
Vient le temps de l'embarquement. L'impatience du retard est palpable !
Un des Musulmans se dirige vers l'avant de la file d'attente suivi
de cinq ou six femmes. Des gens lui disent d'aller à la queue
comme tout le monde et il se met à gueuler agressivement. Un
début de bousculade est vite désamorcé. La tension
dans l'air est contagieuse et j'espère qu'elle n'alourdira
pas trop l'avion.
Les aéroports sont d'étranges lieux. Leurs couloirs
sont fréquentés par des gens de toutes nations, de toutes
religions, certaines en guerre les unes contres les autres, de sorte
qu'on se retrouve souvent avec des avions bondés d'intolérance.
Des gens de diverses cultures tout aussi cinglées les unes
que les autres.
Ses
passagers biens sanglés, le Boeing 757 d'Air Iberia fait gronder
ses réacteurs qui le poussent vers la piste de décollage.
Dans l'attente du décollage le harem blanc entonne une incantation
invoquant je ne sais quel Dieu à veiller sur l'avion. Le type
à côté de moi s'énerve. Son visage d'une
soixantaine d'années évoque l'hidalgo qu'il aurait pu
être dans une vie antérieure. Il se met d'abord à
râler discrètement, puis à pester vertement contre
ces chants qu'il est loin d'apprécier. Il est un de ceux qui
avaient protesté dans l'aéroport contre le fautif dans
la file d'attente.
Un Musulman assis devant son groupe de femmes lui tire une riposte
ponctuée d'un regard acrimonieux. J'imagine leurs ancêtres
s'affrontant, il y a quelques siècles, aux pieds des forteresses
maures à l'époque où les catholiques de la péninsule
ibérique luttaient pour mettre fin à plus de cinq siècles
d'occupation. L'hidalgo entoure son front de ses mains en clamant
que ce boucan lui donne un mal de tête.
J'aimerais pouvoir lui dire que je trouve un côté charmant
à ces chants qui se veulent rassurant. J'ai l'impression en
fermant les yeux d'être en voyage dans leur pays où qu'il
soit.
Une fois les turbulences calmées et le repas terminé,
mon voisin de siège agrippe un bout de serviette et dégaine
un stylo. Il rédige fermement une note. Une dizaine de ligne!
Il la glisse à sa voisine de gauche, drapée de blanc,
lui faisant signe de la transmettre à l'homme devant elle avec
il s'était mesuré tantôt.
Elle ne bronche pas et baisse les yeux, vers cette note qu'elle fixe
pendant quelques instants. Puis, son visage toujours aussi impassible,
elle la transmet à son destinataire. Je donnerais cher pour
savoir ce qui s'y trouve. Allons-nous assister à une escalade
de violence ?
Quelques instants plus tard, le Musulman se retourne, et fixe intensément
l'hidalgo. Ce dernier était prêt mais incertain. Le Musulman
se lève et se penche vers mon voisin. Je me surprends à
espérer qu'on ait bien contrôlé la présence
d'armes sur les passagers. Il lève le bras tend la main vers
l'hidalgo qui l'agrippe intensément. Les regards sont brefs
mais ils frappent juste ! Chacun retourne vers sa lecture, sa
conversation.
Ému, je me réfugie dans le paysage du hublot admirant
les rides de l'Espagne. Soudain je sens mon fauteuil trembler légèrement.
Je me retourne et vois mon voisin, le visage calé dans sa main,
le corps secoué de sanglots.
Puis je me dis que malgré leur stupidité, les humains
sont parfois bons malgré leur tristesse méchante.
Le pouvoir des mots
Dimanche matin, café fort, chien brossé, cigarette
(ben oui Claudine, j'essaie encore d'arrêter, mais...) je m'attelle
à l'ordinateur pour poursuivre la traduction d'hier. Où
me suis-je arrêté hier soir? Tiens, j'ai bloqué
sur le mot « stalemate » (impasse)... Et il
y en a qui doutent du pouvoir des mots!
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