Le Petit Rustre

Mai 2001
#27


Sommaire
Une vieille dame sur un lit d'hôpital
Triste déjà vu
Dire les vraies choses

Citation du jour
Même dans l'adversité les partis politiques sont de connivence.

Le Rustre


Du vol à main levée

Paul Picard - Je n'en reviens pas de l'audace et de l'arrogance de notre Premier ministre. Le Shawinigate lui a bien fait comprendre le niveau d'apathie des électeurs en général combiné à l'allégeance inconditionelle des personnes faisant parti de son réseau de connections. Le tout combiné avec l'art de se tirer dans les pieds que raffine et developpe à un niveau sans précédent le principal parti de l'opposition (hors Québec) donne toute liberté à Mr. Chretien de faire l'équivalent d'un vol armé en plein jour tout en disant aux spectateurs que c'est pour le bien du pays.

Sur quoi est basée cette augmentation de salaire: un rapport impartial (???) qui dit que ce salaire est nécessaire pour s'assurer une meilleure qualité des députés. Je dois admettre qu'avec le comportement du premier ministre l'on soit porté à accepter sans discussion cette prémisse.

Mais comment le fait de payer cette augmentation pendant quatre ans va-t-il améliorer la qualité des candidats alors qu'il n'y a pas d'élection en vue. Ceux qui se sont présentés aux elections connaissaient les règles du jeu et avaient accepté les conditions avant de s'inscrire. Il y a toujours la possibilité que les libéraux savaient de longue date qu'ils auraient ce cadeau. Cette augmentation ne devrait donc entrer en vigueur que le lendemain des prochaines élections.

Si nous voulons même pousser un peu la logique de Mr. Chrétien, nous pourrions même dire que seuls les nouveaux députes qui n'étaient pas en place avant la prochaine élection devraient être éligibles pour cette augmentation. Le but premier de cette augmentation c'est d'amener de meilleurs candidats. Ceux qui sont présentement élus avaient déjà accepté ce niveau de rémunération. Donc étant déjà en place ils n'ont pas besoin de cette augmentation pour poser leur candidature.

Je verrais quand même que pour aider les politiciens de longue carrière il faudrait que le salaire d'entrée en fonction d'un député soit indexé au coût de la vie. De telle sorte que notre Mr. Chrétien recevrait le salaire en place au moment de sa première victoire électorale majorée au coût de la vie à travers les années.

Quelle est la personne qui dans toute cette histoire bénéficiera le plus de passer ce projet de loi avec le timing actuel: Jean Chrétien qui verra sa pension augmenter de façon pratiquement exponentielle.

Qu'en pensez-vous ?

Réaction du Rustre : Jean Chrétien a répondu en chambre à ce dernier point concernant la majoration de sa pension. Il a dit qu'il devrait rester en poste un autre cinq ans pour avoir droit à une pension plus généreuse. Ce à quoi le chef de l'opposition a répondu "C'est justement ce qui nous inquiète".

Quant à l'argument comme quoi seuls les nouveaux candidats devraient avoir droit au nouveau salaire, cela serait consistant avec les programmes gouvernementaux qui offrent de l'aide aux industries qui voudraient venir s'installer chez nous alors que les industries déjà implantées n'ont pas droit à cette aide.


Une vieille dame sur un lit d'hôpital

Un dimanche matin ensoleillé ! Une journée parfaite pour la Fête des mères. Une vieille dame se réveille sur le lit d'hôpital qu'elle occupe depuis trois jours. Il est tôt, ses enfants doivent encore dormir. Ceux qui habitent tout près viendront la voir tantôt. Son fils à Vancouver et sa fille à Paris lui téléphoneront. Elle pense aussi à son autre fille, celle qui ne lui parle plus depuis trop longtemps déjà. Comme à chaque année elle se demande si cette fois elle lui pardonnera ses maladresses et ses erreurs, si elle acceptera que sa mère était également une femme avec les défauts et les limites des humains.

Elle pense un instant à sa maison et aux plantes qui l'attendent. Elle a eu le temps de programmer le magnétoscope pour enregistrer ses émissions qu'elle écoutera à son retour. Le docteur lui a dit que c'était un infarctus. Son premier ! Elle avait d'abord cru à une indigestion et avait installé son lit sur le divan pour ne pas avoir à monter l'escalier. Un infarctus ! La faiblesse génétique qui a déjà emporté ses frères et deux de ses soeurs l'aura donc rattrapée. Il faudra sans doute déménager à cause de l'escalier. Il faudra se débarasser de toutes ces choses qui s'accumulent depuis des années dans la maison trop grande. Que c'est compliqué ! Lise, sa fille infirmière, a offert de l'héberger comme elle le fait avec son père dont la mémoire vacille à chaque jour un peu plus. Mais elle s'est toujours jurée de ne jamais habiter chez ses enfants lorsqu'elle ne serait plus autonome.

C'est si soudain tout ça. Il y a quatre jours elle avait pris l'autobus pour aller dépenser son petit 20$ au Casino comme elle aime tant le faire. Mais cette fois là, elle avait hâte de rentrer. Elle se sentait fatiguée.

Comme à chaque Fête des mères, Lise aurait préparé un souper qu'elle aurait dévoré avec appétit. Malgré ses 87 ans, elle avait un estomac de fer. Aujourd'hui ses enfants qui habitent tout près viendront la voir à l'hôpital et ceux qui habitent loin lui téléphoneront, inquiets. Aujourd'hui elle attendra en vain, comme les autres années, le téléphone ou la visite de sa fille qui ne lui parle plus depuis trop longtemps.

C'est si compliqué tout ça. Elle est si fatiguée. Vaut mieux se rendormir, il est six heures du matin. C'est la Fête des mères, elle parlera à ses enfants tantôt.

***

Jean-Paul au cimetièreDimanche après midi. Il fait toujours soleil. L'avion de Paul arrivera tantôt de Vancouver. Gisèle arrive de Paris demain. Toute la famille a été prévenue, même celle qui refuse toujours de pardonner. Malgré sa mémoire vacillante, le père se souvient de tout. Dès son réveil il avait demandé des nouvelles de sa Gabrielle qu'il avait séduite il y a soixante ans de cela. Il a fallu lui dire.

On a deviné les larmes qui auraient coulé s'il avait appris comment pleurer. Il s'est assis au salon et a tout simplement dit "Elle sait maintenant ce qu'il y a de l'autre côté". "Tu te sens comment papa ?" "Il n'y a pas de mot pour décrire ça".

Non, il n'y a pas de mots. Il n'y avait pas de larmes non plus. Dans notre famille, c'est en sourdine que nous vivions nos chagrins comme nos joies. Personne n'a pleuré, mais nous avions tous le coeur terriblement lourd.

En marchant vers la maison de ma mère, je vois les gens préparer leur jardin, nettoyer les pelouses. Les enfants jouent dans la rue. C'est un beau dimanche et les familles se réuniront autour de la table ce soir. Nous aussi nous serons réunis, et pour oublier cette chaise vide nous alimenterons la conversation à coup de souvenirs heureux.

Claudine m'a téléphoné pour me dire qu'elle venait de planter un pommetier en fleur à la mémoire de ma mère. "Ce sera l'arbre de Gaby et à chaque Fête des mères il sera en fleur".

Suite à la publication de ce texte j'ai reçu le témoignage suivant de la bru de la vieille dame (ma belle-soeur, quoi). Son texte a réussi à définir admirablement qui était la vieille dame et vous aidera à la découvrir.

Louise Lafontaine - Cette vieille dame, je l'ai bien aimé et j`y pense encore souvent. Elle était une mère bien différente de la mienne... Mme Picard, la vieille dame, aimait se "toiletter", mettre ses beaux vêtements, pour aller magasiner, pour aller au guichet automatique, pour aller rencontrer sa cousine Bibiane, pour sa petite marche jusqu'à sa boîte postale et aller dire bonjour à son mari, pour ses soupers quotidiens pris chez Lise et bien sûr pour aller faire sa (ou ses!?!) petite "virée" au Casino !

Elle vivait seule et s'était imposée une petite routine: se lever vers 8, 9 ou 10 heures, jus d'orange, gruau, café instant..... puis, programmer le magnétoscope et/ou visionner ses programmes, vérifier le journal pour les morts, prendre un petit appel (ou 2!!) et enfin, s'habiller ou se "toiletter" pour une sortie !

Le tout se résumait à faire une petite sortie tous les jours afin de pouvoir se donner une raison pour s'habiller ! Même le dimanche avait sa sortie ! Avec ses amis(es) cette vieille dame allait à la messe et sortait dîner en leur compagnie ! Mme Picard sortait beaucoup et aimait faire la jasette avec n'importe qui, comme son chauffeur d' autobus qui d'ailleurs la connaissait assez bien pour lui
dire, lorsqu'elle sonnait la sonnette quelques coins de rues avant son arrêt, qu'elle descendait trop tôt.. Il me semble de la voir lui dire: je le sais, je vais faire le reste à pied, j'ai besoin d'exercice !!!

Elle a fait plein de choses comme gagner sa vie, se marier et élever une famille avec tout ce que ça peut impliquer d'être épouse et mère de 5 enfants si différents et si intelligents ! Avec l'âge et le temps et la sagesse, son état d'indépendance est revenu ! Elle s'est organisée pour avoir une fin de vie à elle, sans avoir à dépendre de trop de monde et elle prenait les miettes d'attention qui passaient. Elle est une femme née au siècle dernier (1914) et elle est, pour moi, une femme indépendante et moderne qui a su se prendre en main quand son univers a chaviré, c' est-à-dire quand sa vie de couple s'est terminée... Elle a réagi et appris à continuer son chemin en incorporant tous ces changements. Quel bonheur, pour Paul et moi. d'avoir eu sa visite à Vancouver en Janvier 2001 ! La vieille dame a pris l'avion seule à 86 ans ! Comme ma mère, Mme Picard est une mère ! Ces deux femmes ont "un vécu" différent et les deux je les aime bien !

La vieille dame a aimé de tout son coeur et elle continue d'aimer même si son coeur s'est brisé... Je pense que Mme Mme Picard peut nous espionner, donc elle sait que nous l'aimons beaucoup!


Triste déjà vu

Manchette du Globe and Mail : 14 Mexicains meurent dans le désert de l'Arizona, abandonnés par le passeur qui devait les faire entrer illégalement aux États-Unis. Triste déjà vu. ! En 1990 un entrefilet semblable dans le journal m'avait inspiré un conte. Depuis, ils sont des centaines à perdre la vie chaque année (350 en 2000) à la poursuite d'un rêve ou fuyant un cauchemar...


Paresse, paresse, l'art de se reposer avant la fatigue! N'empêche qu'elle fait en sorte que mon site a tendance à accumuler la poussière. Ci-dessous vous trouverez le texte d'une amie qui en avait marre de toujours trouver la même page à chaque visite.

Dire les vraies choses…

Pour s'en libérer… et passer à autre chose…
Au risque de brasser des choses… et quitte à prêter le flanc.

Le Rustre, ça fait presque 20 ans que je le connais. On s'est rencontrés à Rossland, en Colombie-Britannique. À l'époque, il participait à un programme gouvernemental et servait d'assistant au professeur de français de la petite ville où on restait. Moi, j'faisais des jobines pis j'm'occupais de ma poupoune de 2 ans.

Il faisait déjà de la musique dans ce temps-là. On a même monté un petit spectacle ensemble. On a chanté des chansons au petit resto du coin. En français, évidemment.

Y'avait déjà une tête de cochon à l'époque. Il marchait droit, la tête haute, et dégageait une confiance à laquelle il était difficile de résister. Sa compagnie m'était précieuse et ses paroles, bien que souvent brusques et coupantes, n'étaient jamais des paroles en l'air. D'ailleurs, encore aujourd'hui, il n'ouvre pas la bouche pour rien.

Il a toujours été dans le haut de ma liste. Celle de mes amis j'veux dire. C'est comme ça. Dans la vie, y'a des gens qui s'installent dans notre cœur, pis qui le quittent jamais.

Au fil du temps, on s'est vus, perdus de vue, revus, et reperdus de vue. Aujourd'hui, c'est le chum de ma sœur. Malgré ça, on continue de se voir, de se perdre de vue, de se revoir, et de se reperdre de vue. Parce que chacun de notre côté, on est occupés.

Occupés à vivre notre vie et à faire de l'argent. Occupés à payer nos comptes et à essayer de réaliser quelques-uns de nos rêves. Lui, y'est à la campagne, sur une belle terre. Moi, j'suis en ville.

Il m'arrive souvent de cliquer dans mes signets pour aller voir si y'a pas une " dernière édition " du Rustre. Mais y'en a jamais. Ou presque jamais. Je sais que le manque de temps y est pour quelque chose mais je soupçonne que ce grand vide s'étire aussi parce que l'auteur n'a plus le cœur à dévoiler ses états d'âme, si humains pourtant. Plus le cœur à nous faire partager ses opinions, ses visions, ses moments d'extase et de découragement.

Seulement, quand on a la plume agile et l'âme d'un artiste, on est toujours habité par un besoin viscéral de se dire, de s'exprimer. Et quand on n'exerce pas ses talents, on se sent mourir petit à petit. Je sais de quoi je parle.

Alors, ce matin, je lance un appel au Rustre. Pourrait-il prendre un peu de temps, entre ses contrats débiles et ses rentrées d'argent, pour se connecter avec cette dimension de son être qui est si riche d'expérience et de sagesse, de paradoxes lucides et d'idéaux flamboyants? Pourrait-il se faire le cadeau de nous offrir ses vraies pensées, ses vrais bonheurs et ses vraies misères?

Lui qui aime tant les voyages à l'intérieur de la conscience, n'a-t-il pas envie, n'a-t-il pas besoin de décoller un peu?

Pardonnez-moi cher ami pour cette incursion matinale, pour cette prétention que j'ai de vous deviner un peu. Faute de mieux, je vous offre moi-même une dernière édition. Mais l'afficherez-vous?

Caroline

NDR: Encore là, la paresse est souveraine. Depuis déjà trois mois que ce touchant texte dort dans la boîte de réception de mon ordi avec la mention "donner suite". Bon, mieux vaut tard que jamais, j'imagine.


Pensée à retenir

Les banques préfèrent les bateaux ancrés que les voiliers à la dérive. C'est sans doute pourquoi il m'est plus facile d'acheter à crédit depuis que j'ai adopté une famille.